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Culture

Bob Marley, l’adepte de la religion rastafari, le père trop peu présent selon ses enfants, l’homme timide et pourtant véritable dom juan, le garçon meurtri par le rejet de son père… Dans le documentaire Marley, Kevin MacDonald retrace avec brio et justesse les multiples facettes de celui qui est toujours une icône 31 ans après sa disparition. L’Ecossais a rencontré une soixantaine de personnes qui ont l’ont côtoyé : ses amis d’enfance dans son village de Nine Mile, loin de Kingston, Bunny Wailer, un des premiers comparses musicaux de Bob Marley, Rita, sa femme -même si Bob Marley a nié être marié sur les ondes-, Cindy Breakspeare, miss Univers 1976, l’infirmière qui l’a soigné en Allemagne alors que ses proches ont dû lui couper les dreadlocks, trop lourdes…

Pendant 2 h 24, on entend pas moins d’une cinquantaine de chansons de Bob Marley. Mais ce n’est pas juste une bande son. Chacune vient éclairer un moment de la vie du Jamaïcain. Un des temps forts du documentaire est lorsque le réalisateur fait écouter la chanson Corner Stone à Peter Marley, fils de l’oncle de Bob, qui lui avait refusé son aide, et à Constance Marley, demi-soeur du chanteur. Bob Marley, l’enfant métis, fils du capitaine Norval Marley, se décrit comme « la pierre dont ne veut pas le maçon, la pierre angulaire ». « Je n’avais jamais réfléchi au sens » , lâche, Peter Marley, troublé.

Kevin MacDonald a également déniché les images du concert donné en Jamaïque alors que l’île se déchirait. En transe, Bob Marley fait monter sur scène les deux opposants politiques. Bob Marley, devenant célèbre, était convoité par les politiques. Il est aux côtés de Robert Mugabe lorsque le Zimbabwe devient indépendant en 1980. Il est aussi convié par Pascaline Bongo pour réaliser un concert pour son papa… Omar Bongo. Celle-ci raconte que lors de sa première rencontre avec Bob Marley, celui-ci lui a dit : « Tu es vilaine ». Elle venait de se défriser les cheveux. En tant que rastafari, Bob Marley ne se coiffait pas les cheveux, ni les coupait.

En juin dernier, le documentaire a été présenté gratuitement en Jamaïque. « Les organisateurs de la première jamaïcaine de Marley pensaient bien faire. Pour entrer dans le parc de l’Emancipation, à Kingston, les spectateurs devaient passer sur un tapis aux couleurs de la religion rastafari ; rouge, jaune et vert », raconte Stéphanie Binet, l’envoyée spéciale du Monde. « Pendant plus d’une heure, une poignée de ces dévots ont empêché les invités de marcher sur le tapis, faisant tournoyer de grands drapeaux, au cri de « Jah Rastafari ! » Un vieux rasta affirme : « Bob n’aurait jamais accepté ça. Ces couleurs, ce sont aussi celles du drapeau éthiopien, on doit les brandir vers le ciel, on ne doit pas les piétiner. » A la tombée de la nuit, des jeunes gens, agrafeuses à la main, répareront le blasphème en recouvrant le tapis de tissu blanc et bleu. » Il y a 31 ans, Bob Marley était emporté par un cancer généralisé. Depuis, Robert Mugabe, en qui Bob Marley plaçait de nombreux espoirs pour l’avenir du Zimbabwe, a mis la démocratie dans un placard, les couleurs rasta sont devenus des arguments de vente et la tête de Bob Marley, comme celle du Che, un logo. On peut se demander ce qu’il penserait de tout ça aujourd’hui ? Grâce à ce documentaire, la génération des moins de 30 ans découvre la complexité de Nesta Robert Marley, né le 6 février 1945.

En ce moment sur les écrans du Rex, à Pointe-à-Pitre.

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